Exilé à Marseille depuis ses débuts pros, Sofiane Takoucht est définitivement de retour dans les Ardennes. Son père Brahim a pesé de tout son poids dans cette décision, inquiet de l'avenir du challenger à la ceinture tricolore des plume : " Depuis janvier, il n'a gagné qu'environ 1.600 euros. Sofiane a besoin d'un travail stable que le Conseil régional est prêt à lui fournir dès qu'un petit problème administratif sera réglé".
" Je l'ai nourri, logé. Je n'ai pas touché un centime à l'exception du championnat de France". Jean Molina s'estime " blessé". Avec raison, cette même raison évoquée par Brahim Tackoucht.
A qui la faute alors ? A une politique fédérale qui livre les jeunes pros au système. La FFB ne jure et ne vit que par l'équipe de France amateurs. Médailles aux JO,
reconnaissance et subventions : le système a ses profiteurs et ses victimes.
Il a suffi d'un tournoi olympique à Brahim Asloum pour être promu nouvelle star de la boxe. Mais ce qui fut vrai pour Christophe Tiozzo ou Laurent Boudouani dans des catégories autrement significatives, ne l'a pas été pour un Petit Prince survendu.
Un pont d'or pour un seul, et le système D pour les autres : Daouda Sow, Khedafi Djelkhir menés en bateau par des " grands frères" finalement aussi soucieux de leurs propres intérêts que les managers à l'ancienne vomis pour leur voracité.
Dominique " M. Propre" Nato comme le bon docteur Knock Furgoni parlent mais n'agissent pas. Ajoutant leurs contradictions au nuage de fumée ambiant. La vérité est que tout ce monde vit depuis trop longtemps dans la " cosanguinité". Un jour allié, le lendemain ennemi.
Des garçons comme Sofiane Takoucht, qui fut pourtant un espoir chez les Tricolores, en paient le prix fort : " Takoucht ne m'apporte rien. Il me coûte même plus cher qu'il ne me rapporte".Michel Acariès a eu le courage de l'avouer. Mais faut-il louer cette franchise ?
Sur qui demain, après quelques nouvelles déconvenues, Sofiane Takoucht alias Baby Face pourra-t-il compter ? Sur ceux qui se nourrissent sur la bête ? On en doute...
Imagine-t-on un tennisman, encore moins un pilote de F1, dépendre du bon vouloir d'un manager ? Raymond Kopa s'insurgea un jour que les footballeurs soient " considérés comme des esclaves". C'était il y a 50 ans. Et si le foot a basculé dans la démesure, la boxe est resté au Moyen-Age, au temps des maîtres et des serfs.
Jean-Pierre PRAULT